Interview de Mireille Le Bras, directrice des soins du CHU de Nantes
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La Nouvelle Gouvernance transforme radicalement l'organisation interne de l'hôpital. En quoi modifie-t-elle vos responsabilités et votre position au sein de l'établissement ?
M.LB : En termes de responsabilités, la réorganisation par pôles d'activité ne change rien pour nous. Notre champ d'activité reste le même. Ce qui diffère, par contre, c'est notre mode de management, beaucoup moins vertical et plus transversal qu'avant. En conséquence, nous déléguons plus que par le passé. Ainsi, la Nouvelle Gouvernance permet de responsabiliser davantage les cadres dans les décisions qui sont prises, notamment en matière de gestion des soins et des ressources. Et nous avons désormais un véritable rôle d'interface entre les disciplines et les pôles, la direction et le CE, afin de favoriser la synergie des énergies et des ressources.
En terme de positionnement, le Directeur de soin-Coordonnateur Général est un point de convergence qui contribue à garantir, à travers le projet de soins, la cohérence institutionnelle exprimée dans le projet d'établissement. L'un des risques liés à la Nouvelle Gouvernance est en effet que les pôles vivent leur vie propre. Garants de la stratégie et de la politique de l'établissement, nous sommes là aussi pour maintenir la cohérence institutionnelle, à l'intérieur des pôles au niveau des services.

Quelle est l'incidence sur votre métier des autres réformes que sont les SROS, la T2A et la certification v2 ?
M.LB : Les nouveaux SROS invitent l'hôpital à penser son offre de soins plus globalement, en tenant compte des complémentarités avec ce qui existe hors de l'hôpital. C'est une bonne chose. La direction des soins du CHU de Nantes est aujourd'hui impliquée dans le développement de l'hospitalisation à domicile, et celui des réseaux impliquant les structures de ville, dans des domaines comme la précarité, par exemple.
La réforme du financement, quant à elle, pose plus de difficultés. Même si je reconnais son bien-fondé et son côté moteur et valorisant pour l'activité, la T2A ne peut être une simple réforme comptable dans laquelle le patient serait l'objet, et non le sujet des soins que nous lui prodiguons. De plus, il ne faut pas sous-estimer les problèmes de concurrence inter-pôles qui peuvent apparaître, ni le sentiment d'insécurité que la T2A peut induire chez le personnel soignant. En effet, si l'activité d'un secteur où vous avez recruté du personnel soignant vient à diminuer, on peut comprendre les acteurs de soins s'inquiètent de leur devenir au sein de ce secteur. D'où l'importance d'améliorer nos outils de pilotage pour les rendre plus performants. Car qu'il s'agisse du choix des activités d'un pôle ou de l'établissement des mensualités de remplacement, par exemple, avec la T2A, nous n'avons plus le droit à l'erreur.
Concernant la qualité, il va de soi que la direction des soins est impliquée à 100% dans la réforme de la certification. Notre projet d'établissement 2003-2007 était d'ailleurs en complet accord avec l'esprit de cette démarche, désormais centrée sur la qualité de la prise en charge et sur les moyens à mettre en œuvre.

D'un point de vue personnel, comment vivez-vous les changements en cours ?
M.LB : Il y a 5 ans, mon choix s'était porté sur le CHU de Nantes parce qu'à l'époque, le concept d'organisation par pôles y était déjà mis en œuvre. Je suis donc ravie que les choses évoluent. L'état d'esprit et la marge de manœuvre qu'offre la Nouvelle Gouvernance me conviennent tout à fait car je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Pour moi, le positionnement de la direction des soins se fait donc naturellement. Mais il faut aussi savoir donner du temps au temps. Car ce qui se passe est une vraie révolution culturelle !