Interview d'André Gwenaël Pors, directeur du CH de Roanne
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Quelles sont les principales évolutions de votre fonction liées aux réformes actuellement mises en place ?
A-G.P : Avec la réforme de la planification, le chef d'établissement se positionne désormais au centre de son territoire de santé. Sa responsabilité le conduit à être à la fois le gestionnaire et l'animateur du projet de territoire, et à jouer le rôle de médiateur avec les autres acteurs de santé comme les médecins de ville et les autres institutions, publiques ou privées.
Vis-à-vis de la T2A et de l'EPRD, il lui faut parfaitement comprendre ces nouvelles techniques et promouvoir les nouveaux outils de comptabilité analytique et de pilotage qui seront utilisés au sein de son hôpital. Même si ce n'est pas lui qui les exploitera directement, il doit en connaître précisément les principes pour bien décider.
Concernant la nouvelle gouvernance, c'est la manière d'exercer notre métier qui évolue considérablement. La traditionnelle hiérarchie est bouleversée. Il n'y a plus un chef au-dessus de ses collaborateurs et des médecins à part, mais plutôt un leader capable de rassembler, avec un rôle accru dans la définition des grandes orientations de l'établissement et dans son pilotage médico-économique.
Enfin, la réforme de la qualité et des pratiques incite le chef d'établissement à porter la dynamique à mettre en œuvre au sein de l'hôpital, au plan des soins bien sûr, mais aussi dans les domaines administratif et technique.

Au quotidien, qu'est-ce que modifie la nouvelle gouvernance dans l'exercice de votre métier ?
A-G.P : Diriger et gérer un hôpital est de plus en plus complexe et le chef d'établissement doit avoir l'assurance que les transformations décidées seront positives. Ce qui nécessite, par exemple, la mise en place d'indicateurs permettant de suivre et d'évaluer les actions qui sont entreprises. Pour cela, le directeur doit faire preuve d'une exigence accrue vis-à-vis de ses collaborateurs, de l'établissement considéré dans son ensemble, et aussi vis-à-vis de lui-même.
Concrètement, ce niveau d'exigence ne s'obtient qu'à travers un nouveau mode de management par la motivation. Il faut notamment viser l'encadrement, pour qu'il s'approprie le changement, qu'il soit reconnu dans la nouvelle organisation et qu'il puisse bénéficier d'une réelle liberté d'action. Je pense en particulier aux cadres de proximité, qu'il faut savoir soutenir et à qui l'on doit montrer qu'eux aussi ont leur rôle à jouer.

Exigence, motivation… Quelles sont les autres qualités requises pour conduire la modernisation d'un établissement santé ?
A-G.P : Je citerais le souci de cohérence, car l'un des enjeux majeurs de l'hôpital tient à la cohérence dans les processus, gage de fluidité. Il ne faut pas hésiter à être innovant : il n'est pas interdit d'avoir des idées sur le terrain sans attendre la réglementation, ou de l'adapter au mieux du contexte local. C'est le principe de subsidiarité.
J'ajouterais également que le chef d'établissement doit impérativement savoir déléguer une partie de ses responsabilités, notamment à ses directeurs adjoints qui, dans notre hôpital, seront chacun délégué sur un ou deux pôles.
Enfin, parce qu'un directeur qui ne s'impliquerait pas dans les réformes ne saurait être un bon directeur, il lui faut se rapprocher du terrain, résoudre les problèmes là où ils se posent. En prenant garde, toutefois, de ne pas se retrouver à devoir gérer toutes les difficultés en court-circuitant les responsables.
Personnellement, cette période de transformation m'apporte beaucoup de satisfactions. En tant que responsable d'un hôpital, mon métier évolue vers celui de « chef d'entreprise », d'une entreprise publique de santé. C'est ce nouvel état d'esprit que j'essaie de communiquer au sein du CH de Roanne.
Un dernier mot : pour bien travailler, il faut aussi prendre du plaisir. Je vois trop de collègues avec le moral dans leurs chaussettes. Je prends plaisir à la période charnière que nous vivons parce qu'elle est difficile et que nous avons la charge de transformer une organisation et des acteurs au nom de l'intérêt général.